Ce cauchemar

Ma chère Muse, je me suis réveillée en sursaut à l’aube, avec le cœur dans la gorge. J’avais rêvé avec toi. Pas exactement ça. Sans toi.

 

Dans mon rêve, je me souviens d’avoir regardé mes messages sur mon téléphone cellulaire et je n’étais pas capable de trouver ton numéro, même ton contact. Je le cherchais frénétiquement pour une raison inattendue, et je désespérais. Tu n’étais pas là.

 

Je me sentais tellement perdue. Je pensais que tu me détestais, que tu ne me parlerais plus jamais comme d’habitude, pour ne rien dire, que tu n’attendais pas mes réponses avec sarcasme. Que tu n’aurais pas le moindre intérêt de savoir si notre groupe commun d’amis avait quelque chose à faire en fin de semaine.

 

Car ça y est le truc avec toi: tu apparais et disparais à ton gré. Cependant, j’essaie de faire ma vie normalement, si c’est possible après t’avoir rencontré. Car tu as bouleversé mes plans de tranquillité, d’ordre et progrès. C’est grave.

 

Donc, au lieu de t’envoyer un message pour savoir si tu es encore là et me vendre complètement comme une folle, j’ai ouvert mon cahier mauve et j’ai écrit de la poésie. C’était extraordinaire, ma muse! Je ne le faisais plus depuis que je suis venue ici, dans enfer blanc. Le Loup était resté même avec cette partie de moi, et je ne savais pas comment la récupérer.

Mais toi, ton absence m’a apporté ça. Une incroyable poésie en anglais que tu jamais ne liras.

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La Muse est apparue

Hélas. J’ai eu une semaine à oublier. J’ai mal dormi trois jour sur cinq, j’ai reçu de mauvaises nouvelles professionnelles et je n’ai pas perdu de poids malgré ma diète stricte. Je me suis senti vieillir chaque jour. Je me suis sentie tellement seule, inquiète, défectueuse.  Tellement découragée.

Cependant, La Muse est apparue.

Je le nomme « La Muse », car c’est à lui que j’écris maintenant, dans mes trois langues, tu sais. Je suis certaine qu’il ne me lit pas, très occupé à ses affaires, très concentré sur luimême. Mais telles choses me contentent, car il découvrira tous ces textes trop tard, si j’ai de la bonne chance. Donc, j’écrirai plusieurs chroniques qu’il ne connaîtra jamais, et dont bien sûr que vous profiterez à lire. Je sais que vous n’aurez aucune façon de l’en aviser, que ce casse-tête est fait pour me cacher et lui cacher que je l’observe toujours, comme une vraie “stalker” et que ça me plaît beaucoup. Je vais lui faire croire qu’il ne m’intéresse pas, que je suis dans ma bulle. Mais je le regarde, avec le cœur serré, lorsqu’il se consacre à la chasse d’autres femmes plus disponibles (plus jeunes et intéressantes) que moi.

Ma Muse.

Ben oui, je vais lui écrire. Je lui raconterai toute ma vie, tout ce parcours qui m’a conduit jusqu’à ce moment parfait où j’admets que je suis la pire amoureuse du système solaire et que je n’ai que mes textes pour m’exprimer. Ces sont les uniques espaces de (i) réalité dans lesquels j’habite. Avec lui. Avec mes paroles qui fleurissent, comme d’habitude, pendant tout le temps que j’entends leurs conversations qui ne sont pas pour moi. Je ferai tout ça au lieu de devenir folle pour lui, au lieu de perdre ma cohérence, mon sang-froid, quand je le parle. Au lieu de tout lui dire, tout ce que je veux lui déclarer, fiévreuse. Au lieu de dire lui dire en face ce qu’il ne pourrait jamais croire…

En échange de tout ça, le silence, les banalités, l’indifférence.  Je suis devenue une comédienne compétente, et maintenant (et pourtant), j’ai une muse… et je le remercie de son existence.

*Avis: Ces histoires en français pourraient être ou non réelles.

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Le Loup et la Muse

Ma chère muse, tu n’as pas encore de nom. Tu es simplement La Muse (comme ça, en majuscules), et c’est tout. Peut-être que toi, La Muse,  tu gagneras (ou annonceras) ton propre nom, un nom plein de lumière ou d’ombre. Un nom qui t’identifie parmi les autres muses qui existaient avant toi.

 

Parce que c’est vrai, ma Muse, il y en a eu deux autres comme toi. La première muse est devenue éternelle, car c’est elle qui a déclenché toute cette affaire, mais elle est perdue dans ma mémoire et ne mérite plus que l’on parle d’elle. Elle s’appelait elle-même « L’Ornithorynque » et elle défiait toute ma capacité intellectuelle, pour finalement mourir, déshonorante, aux bras des autres femmes. Je me souviens avec amertume — et peut-être avec l’incrédulité — de lui. Pas plus que ça. Mais j’étais jeune, et mes poèmes se succédaient dans un flux interminable. Je lui ai dédié ce livre de poésie, douloureux, mais exorcisant : et après l’avoir publié, comme si elle était un mauvais accouchement, j’ai enterré cette muse sans pitié. Je renaissais comme un phénix.

 

Mais la deuxième…

 

La deuxième était un loup. Il était un loup d’argent, plein de fierté. Orgueilleux de ses racines, de sa race, de son ADN furieux, même s’il était né près d’un lac. C’était était un loup qui défiait la gravité, qui remontait jusqu’en haut des Andes, et au sommet, regardait vers l’infini. Il était rarement au le niveau de la mer, tranquille; il semblait toujours en train de bouillir. Son état naturel était un feu interminable, inextinguible. Sa manière de m’observer me traversait, même à distance. Car Le Loup était intelligent, était perceptif. Car il me connaissait comme la paume de sa main. Il m’agitait, il me calmait, il me faisait l’aimer sans remords.

 

Le Loup écrivait aussi! Même si sa langue maternelle n’était pas la mienne, il la maîtrisait. Il me donnait les textes les plus incroyables qu’une femme ait reçus dans sa vie. Il me faisait rêver avec des phrases. C’était comme si tout son corps se donnait dans un texte. Il était à moi. Du moins, je le croyais.

 

Mais je te disais, Le Loup, ce magnifique loup que m’avait ordonné de le rencontrer à l’autre bout du monde — sans même comprendre que mon aventure ici était aussi une façon de lui montrer que je deviendrais la femme qu’il méritait —, il m’a quittée avant de venir ici. Je vais te dire un secret : je continue à sentir sa présence, les nuits froides, quand je suis à l’extérieur. Je le sens encore crier au loin, affamé. Cependant, je comprends que tout est dans ma tête, qu’il ne viendra jamais me chercher comme le prince d’un film romantique.

 

Je sais que je marche seule, mais pas solitaire. Je sais que je suis mes expériences, mauvaises et hallucinantes comme des épiphanies. Je suis Légion, ce groupe de démons qui parlent tous en même temps et te font peur quand tu me regardes dans les yeux. De cette manière je me sens forte, malgré les cicatrices qui couvrent mon corps; toutes ces blessures ont été faites par ces deux muses, parfois cruelles, parfois nécessaires pour ce parcours que je fais. Je suis certaine que tu m’en fera d’autres, mon amour. Je serai aussi fière d’elles, car ce sont des expériences qui me montrent jusqu’à quel point je ne suis pas la fille qui est partie de la maison parentale autrefois. Je me retrouve dans ce miroir qui va à la dérive, qui ne reflète rien qu’à moi-même… mais qui te regarde.

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Le défi d’écrire dans une autre langue

Voilà!

On va commencer le 2017 un peu tard, mais avec un texte écrit entièrement en français. Qu’est-ce que ça veut dire? Voici un texte qui n’est pas traduit, qui a été spécialement créé et pensé en français. Ce n’est pas facile pour moi, car le français est une langue que j’apprends depuis 2009 et c’est plus un défi quotidien qu’un apprentissage. C’est le défi de penser et de participer à une culture qui m’était encore inconnue huit ans auparavant.

L’idée n’est pas seulement de publier un billet de blogue en français pour que les gens puissent s’apercevoir que je suis — effectivement — capable de rédiger et exposer mes idées en français aussi. C’est aussi une déclaration sérieuse au sujet de mon rêve : être capable d’écrire des textes créatifs, d’exprimer mes pensées dans des langues qui ne sont pas ma langue maternelle (j’ai déjà commencé avec l’anglais et vous pouvez le lire ici). C’est quelque chose, je dois le dire, car il s’agit de « traduire » mon cerveau directement dans une autre langue. Au lieu d’écrire en espagnol, langue maternelle que je maîtrise (j’ai publié un livre de poésie et j’écrivais pour un journal dans mon pays d’origine, donc je sais de quoi je parle), je veux essayer de vous « livrer la marchandise » tout de suite, ici. Comme ça.

Et c’est que je veux affirmer : écrire dans une autre langue est un défi majeur. Il faut s’en éprendre, puis travailler fortement pour être capable de raconter des histoires et aimer faire découvrir des cultures lointaines aux gens, leur faire connaître d’autres réalités. Ces autres mondes qui pourraient habiter le cerveau de l’écrivain (moi) au-delà les frontières de la francophonie. Écrire dans une langue qu’on vient d’apprendre, c’est offrir le cadeau de voyager avec un texte, avec une poésie. Un vrai travail d’illusionniste réalisé par l’auteur, qui observe ce monde d’une façon différente.

En fait, c’est le cadeau. Ceci. On se parle, mais bien sûr, on va se lire.

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